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Les Violences Educatives Ordinaires : et si on en prenait conscience pour que ça change ?

En tant qu'animateurs, lorsqu'on a un grand groupe d'enfants à gérer et toute une organisation à anticiper, on ne prend pas toujours le temps. Le temps d'être avec les enfants, de les écouter, d'échanger avec eux, le temps de les observer évoluer dans leur environnement, le temps de comprendre leur problème, d'écouter l'émotion, le besoin de l'enfant sur l'instant.On est souvent pris dans ce qu'on considère comme primordial : que la journée, l'activité se passe parfaitement, dans les meilleures conditions et en respectant les horaires, sans perdre de temps.

Mais on en oublie parfois l'essentiel : l'enfant doit se sentir bien, en sécurité, il a des besoins, des émotions, des insécurités, des peurs, etc... Qu'il doit exprimer.

L'adulte doit être là pour y répondre au mieux, pour lui permettre de se sentir bien dans ce bazar intérieur, d'y voir plus clair.

 

Et souvent, on ne remarque pas que nos actions peuvent avoir un impact négatif sur le développement de l'enfant et pour son bien-être. On utilise la violence éducative ordinaire sans s'en rendre compte, parce qu'on est pris dans le train de la journée et notre volonté de bien faire.

 

Cet article a pour objectif de faire ouvrir les yeux sur les violences qu'on peut infliger aux enfants, sans pour autant qu'on considère ça comme des violences en tant que telles... Et de faire évoluer nos pratiques vers plus de bienveillance.

SOMMAIRE :

- C'est quoi les Violences Educatives Ordinaires ?

- Quelles sont les différentes formes de VEO ?

- Quelles sont les conséquences des VEO sur les enfants ?

- Pourquoi on utilise les VEO ?

- Que faire pour les éviter ?

- C'est grave docteur ?


C'est quoi les Violences Educatives Ordinaires ?

- "Violence" : ici, il est question de violence physique, mais pas que ; on inclue également la violence psychologique et verbale.

On peut définir la violence comme tout ce qui cause du tort à autrui, de façon volontaire ou non. C'est une utilisation de la force pour avoir la main sur l'autre, dans le but de le dominer.

 

- "Educative" : le terme "éducative" montre une intention éducative dans l'utilisation de la violence, elle est utilisée pour que l'enfant écoute et obéisse sans rien dire. La violence est considérée "pour le bien" de l'enfant et "pour son bon développement". Entre autre, pour qu'il devienne "un bon petit citoyen modèle". Il n'y a donc pas de problème à l'utiliser, puisque c'est pour son bien.

 

- "Ordinaire" : la violence est ici banalisée du fait de son utilisation par un grand nombre de personnes et dans la plupart des pays. Elle n'est pas remise en question car elle est devenue normale et pas considérée comme de la violence en tant que telle.

 

Pour résumer, les VEO, c'est le fait de considérer que les besoins et les désirs de l'adulte sont plus importants que ceux de l'enfant (consciemment ou non). De ce fait, l'adulte va user de son autorité pour que l'enfant se plie à ses envies, qu'il soit d'accord ou non. Il n'y a pas de dialogue possible, l'enfant n'est pas écouté.

Elle est considérée comme normale car utilisée par beaucoup de monde et dans un but dit "éducatif".

 

Bien entendu, ce terme ne signifie pas qu'il faut rester violent avec les enfants parce que c'est devenu normal dans la société. Au contraire ! Ce terme dénonce cette violence devenue trop ordinaire, utilisée à tord pour éduquer (pour dresser ?) les enfants.

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Quelles sont les différentes formes de VEO ?

Plusieurs formes de VEO existent. Voici une liste non exhaustive de violences éducatives ordinaires :

 

  La violence PHYSIQUE :

  • Coups (fessées, claques, ...), pincements
  • Morsures
  • Tirage de cheveux, d'oreilles, de joues
  • Bousculades, secousses
  • Laisser pleurer seul
  • Forcer/empêcher de boire/manger, d'aller aux toilettes
  • Prodiguer des soins sans prévenir
  • Empêcher l'enfant de sortir, de faire des activités
  • Etc..

  La violence PSYCHOLOGIQUE :

  • Brimades, réprimandes
  • Cris, menaces
  • Humiliations
  • Punitions, isolement
  • Chantage, manipulation
  • Jugement, critiques, moqueries
  • Rejet, indifférence
  • Négligences, non-considération
  • Non-respect du consentement, de l'intimité
  • Mensonges, dénigrement
  • Etc..

  La violence CULTURELLE :

  • Imposer notre vision des hommes et des femmes, des appartenances ethniques, ...
  • Imposer/interdire une religion, croyance
  • Imposer un régime alimentaire (alors que l'enfant émet une opposition)
  • Percer les oreilles sans consentement
  • Couper les cheveux sans consentement ou interdire de les couper
  • Forcer à dire pardon, merci, au revoir, bonjour, ...
  • Etc...

  La violence "DOUCE" :

  • Surnoms moqueurs, réducteurs
  • Parler de lui à la 3è personne en s'adressant à lui ("Il n'est pas gentil Tom, n'est-ce pas ? Il va vite être puni s'il continue !")
  • Presser un enfant ou faire à sa place car il est trop lent selon nous
  • Empêcher les mouvements de l'enfant par son environnement, ses vêtements (espace de jeu réduit, vêtements pas adaptés, ...)
  • Mettre un enfant devant l'écran pour être en paix
  • Parler d'autres enfants/adultes de façon dénigrante devant lui
  • Etc...
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Quelles sont les conséquences des VEO sur les enfants ?

Le cerveau de l'enfant est très malléable et immature. Toutes ses expériences, positives comme négatives, l'imprègnent et participent à son développement.

 

Les VEO peuvent être considérées, si elles se répètent, comme de la maltraitance émotionnelle. La maltraitance émotionnelle est provoquée par un comportement de l'adulte qui va rabaisser l'enfant et l'humilier, au travers de paroles ou gestes blessants, moqueurs.

L'enfant va sentir une tempête d'émotions très désagréables l'envahir et ne va pas savoir quoi en faire. Soit il va garder ça pour lui et l'accumuler jusqu'à ce que ça explose, soit il va l'exprimer de diverses manières (cris, pleurs, agressivité, renfermement, ...).

 

Toute cette violence augmente le risque de développer des problèmes de comportement et des problèmes psychologiques (comportement à risques, addictions, dépression, anxiété, agressivité, ...).

La violence vient perturber le développement de l'empathie, la régulation des émotions, la capacité à prendre des choix.

 

En d'autres termes, c'est le développement des compétences psychosociales qui est mise à mal lorsqu'un enfant est victime de violences éducatives ordinaires.

 

Voici une liste non exhaustive des conséquences des VEO sur les enfants :

- Accumulation de la violence, déversée ailleurs : copains, école, conjoints, enfants, ...

La violence est banalisée par l'enfant et devient un moyen d'expression ordinaire.

- La violence est reproduite en tant qu'adulte : un adulte victime de VEO peut devenir lui-même violent envers ses enfants et son/sa conjoint.e.

- Manque de confiance en soi, repli sur soi, dépression, trouble de l'attention, agressivité, ...

- Inculque à l'enfant la loi du plus fort, et que pour réussir il faut dominer les autres.

- Un enfant qui grandit dans la violence trouvera ça normal et reproduira cette violence dans son quotidien.

Pourquoi on utilise les VEO ?

Généralement, lorsqu'on a recours à des violences éducatives ordinaires, ça n'est pas avec une intention consciente de nuire à l'enfant, mais c'est plutôt comme un cris de désespoir : "Je ne sais pas comment faire autrement, je me sens débordé(e), alors j'ai recours à ce que je connais le mieux, la violence."

 

Plusieurs raisons, souvent inconscientes, pour un adulte à utiliser la VEO :

  • Beaucoup d'adultes ne comprennent pas qu'un enfant s'emporte, crie, tape, etc... Ce qui va avoir pour effet de faire monter la pression chez l'adulte, qui va finir par perdre son calme. Des cris vont jaillir de sa bouche sous le coup de l'émotion, et parfois des punitions vont tomber.
  • Un enfant est par nature plein d'énergie et de vitalité. Qui ne s'est jamais entendu dire "Comment ils font pour garder leur énergie du matin au soir ?!" ? Cette énergie est normale pour un enfant, mais elle va venir perturber l'adulte, qui va vouloir que l'enfant soit calme, attentif, qu'il ne joue pas dans la terre, qu'il soit obéissant, etc... Qu'il se conforme à ses attentes d'adulte.
  • On reproduit ce qu'on a nous-même vécu enfant. On se dit que si on a survécu à ça et qu'on est aujourd'hui "bien éduqué", c'est que ça doit fonctionner ! Mais rappelons-nous que l'éducation bienveillante n'était pas encore d'actualité, et les recherches sur les conséquences de la violence très peu développées.
  • L'adulte ayant une position de "dominant" vis à vis de l'enfant, il peut trouver une facilité dans le fait de se faire obéir sans chercher plus loin : ça ne demande pas beaucoup d'effort de sa part. L'enfant étant en position d'infériorité, il ne dira généralement rien (il garde sa boule de colère pour la déverser ailleurs).
  • Les enfants qu'on peut parfois appeler "enfants rois", ainsi que les enfants "terreurs", dont le comportement est compliqué à gérer en collectivité ; ces enfants ont le don de faire sortir les adultes de leurs gonds. En tant qu'animateur, on peut être démuni face à un groupe dans lequel un ou plusieurs enfants ont un comportement compliqué. On peut vite perdre patience, et c'est là que la VEO apparaît : on ne sait pas comment agir autrement.
  • On n'en a pas conscience. Les VEO sont encore peu connues, et en tant que professionnel de l'enfance, on n'a pas forcément été formé sur le sujet.

Que faire pour les éviter ?

Pour commencer, mettons au clair un point : non, ce n'est pas facile de changer du jour au lendemain notre façon de faire et d'agir, notre posture professionnelle.

C'est difficile de se défaire de ses habitudes. Le plus difficile reste la première marche, et je pense que si vous lisez ces lignes c'est que vous l'avez déjà franchie. Vous êtes donc sur la bonne voie !

 

Voici ici plusieurs astuces pour changer petit à petit notre manière d'agir :

- Quand on sent la colère monter, on peut prendre un temps pour respirer, passer le relai à un collègue le temps de redescendre. Une fois calmé, on peut retourner voir l'enfant pour discuter de la situation ; on sera alors plus apte à l'écouter et à comprendre ce qu'il a à nous dire.

- Imaginez que vous avez à faire à un adulte : si l'action n'est pas acceptable pour un adulte, alors elle ne l'est pas pour un enfant.

Par exemple, on ne va pas crier sur un adulte pour nous faire écouter, on va plutôt lui expliquer les choses avec calme et diplomatie. Alors on peut peut-être essayer la même chose avec un enfant, non ?

- Écouter les besoins et les émotions de l'enfant, pour comprendre ce qu'il vit à ce moment là. On va tenter, ensemble de résoudre le problème. On va entrer dans le dialogue et l'écoute active.

- Rappeler les règles calmement quand elles sont enfreintes, en expliquant pourquoi elles existent.

- Utiliser des sanctions plutôt que des punitions, en intégrant la réparation.

C'est grave docteur ?

Si, comme moi, vous n'aviez pas connaissance du terme de VEO et de ce qu'il signifie, vous avez certainement déjà eu recours à la VEO (moi la première).

Même en ayant conscience de ce que c'est, ça reste difficile à ne pas y recourir, car comme je l'ai mentionné plus haut, c'est une habitude qu'on avait, et qui peut mettre du temps à disparaître.

 

Et c'est OK !

 

Ça ne sert à rien de se culpabiliser, de se flageller. Nous sommes humains et donc par définition nous ne sommes pas parfaits. Alors oui, nous faisons des erreurs, mais c'est aussi comme ça qu'on apprend !

 

Le principal c'est de s'en rendre compte.

Si on remarque qu'on a mal agit, on peut retourner voir l'enfant et en discuter avec lui, peut-être même s'excuser d'avoir agit ainsi, d'avoir haussé le ton. Ça sera en plus l'occasion pour lui de voir que c'est OK de faire des erreurs, qu'un adulte n'est pas tout lisse.

 

Il faut aussi se dire qu'en ALSH/périscolaire, nous avons de grands groupes et malheureusement pas toujours les moyens nécessaires pour travailler comme il faudrait (locaux, personnels, matériel, ...). Parfois on se retrouve seul avec un groupe d'enfants pleins d'énergie, à qui il faut donner un minimum de cadre pour que ça ne parte pas en cacahuètes. Alors oui, ça va nous arriver de hausser la voix, de nous énerver, de perdre patience, et c'est normal.

Je ne pense pas qu'il faille se torturer l'esprit à absolument vouloir rentrer dans une éducation/pédagogie parfaite, car à force on perdra la tête : d'un côté notre volonté de vouloir bien faire, et de l'autre la réalité de terrain qui nous en empêche.

On fait de notre mieux et c'est déjà très bien comme ça !

 

Oui on est des supers anims, mais un super anim n'est-il pas justement vulnérable et imparfait ?

Chaque action positive est une graine de semée pour un enfant plus épanoui...

Soyons les petits colibris de l'éducation populaire !


Pour aller plus loin...

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